dimanche 28 novembre 2010

morceau de commentaire

Nous pouvons comprendre que le conte traditionnel est une structure propice à la satire, puisqu'il met en scène un environnement coupé du réel et par conséquent improbable. 

D'une part, étudions la façon dont Voltaire choisit de présenter son personnage principal et le décor dans lequel il le fait évoluer. Candide, au centre du "meilleur des mondes" n'est pas le meilleur des héros, il est en effet, un enfant illégitime. Sa mère, la sœur du baron de Thunder-Ten-Tronckh, ne maria jamais son père, simple gentilhomme sans titre de noblesse "que cette demoiselle ne voulut jamais épouser parce qu'il n'avait pu prouver que soixante et onze quartiers, et que le reste de son arbre généalogique avait été perdu par l'injure du temps" (l.9 à 12). Ce défaut que l'auteur attribue à Candide dés le début de son récit traduit une volonté d'offrir au lecteur une histoire dont la perfection n'est qu'apparente. De plus, la description du château se base sur une déduction absurde : "Monsieur le baron était un des plus puissants seigneurs de la Vestphalie, car son château avait une porte et des fenêtres"(l.13 à 15) qui n'affecte aucune connotation méliorative à la puissance du seigneur mais souligne la médiocrité de l'idée d'un "idéal". De surcroît, la très brève présentation des protagonistes ne fait qu'évoquer les travers de ceux-ci : une baronne, respectée par son surpoids, et qui n'est finalement pas douée d'une grande intelligence puisqu'elle se contente de faire "les honneurs de la maison avec dignité" (l.23); un baron dont le pouvoir n'est garanti que par sa richesse et par l'hypocrisie de ses sujets : "Ils l'appelaient tous Monseigneur, et il riaient quand il faisait des contes" (l.19 à 20); et, leur fils, "digne de son père" c'est à dire tout autant défectueux. Voltaire ici dénonce également l'aristocratie de l'époque dont il est le contemporain. De même, il est possible de remarquer l'infériorité de Candide par rapport aux autres habitants du château et à quel point leur considération pour lui est éphémère, instable : il est rapidement rétabli à une place bien moins noble, celle d'un vagabond "Monsieur le baron [...] chassa Candide du château à grands coups de pied dans le derrière" (l.83 à 86). Terminons en disant que chaque exemple évoqué converge vers la même idée : celle que "le meilleur des mondes" n'est que factice.
  D'autre part, cette liste des imperfections de l'univers du héros a pour Voltaire une portée critique. En effet, il met en évidence les failles pour mieux faire la satire de la philosophie optimiste. La présence de Pangloss dans le récit vient valider cette affirmation; il est une caricature de Leibniz philosophe allemand, qui défend l'optimisme et auquel Voltaire s'oppose. C'est ainsi que le nom de Pangloss qui se traduit du grec par <> prend tout son sens, un surnom à l'image d'un personnage qui parle beaucoup et qui défend sa doctrine grâce à des discours vides de sens, sans fondement. De même, l'appellation de la science du précepteur : "Métaphysico-théologo-cosmolo-nigologie", trahit l'ironie de l'auteur qui remet en cause le savoir des philosophes. La composante "nigologie" de cette matière farfelue se rapproche du substantif "nigaud" ce qui pourrait être une interprétation burlesque de son étymologie, la science des nigauds. Puis, par l'emploi d'hyperboles telles que : "Le plus grand philosophe de toute la terre" (l.57 à 58), l'écrivain ironise la crédibilité de Pangloss. Cela nous permet d'entendre que ce qui est enseigné à Candide est une doctrine stupide qui lui fait courir un risque étant donné son ignorance sur les travers de l'époque. Achevons notre étude en rappelant que Voltaire nous met en garde par son ironie contre la philosophie optimiste qui occulte les défauts du monde.



  En conclusion, l’incipit de Candide ou l’Optimisme, en conservant les aspects du conte traditionnel et en gardant un aspect réel du à l’absence du merveilleux permet à Voltaire d’allier la morale et la critique ; qui fait du genre de ce récit un conte philosophique. En effet cet apologue réprime non seulement la pensée Optimiste inspirée par Leibniz mais également les travers de la société. C’est principalement sur un ton ironique que l’auteur fait la présentation de la noblesse et dénonce ainsi les mœurs et la hiérarchie sociale de son époque. Nous pouvons donc rapprocher ce premier chapitre à l’incipit de Zadig ou la Destinée un autre conte philosophique écrit par Voltaire qui lui aussi adopte un héros éponyme et respecte le schéma narratif du conte traditionnel mais qui cette fois émet une critique de la Providence.